Anton Oak, the Chosen One.

 

XVIIIÈMEPÉNINSULE

Anton Oak est l’un des artistes que j’ai le plus écouté en 2014, et il est certainement la plus grande découverte de cette année. Nous vous avions promis une chronique, ainsi qu’une interview. Voici la chronique, l’interview suivra dans peu de temps.

Tout ce qu’on peut entendre d’Anton Oak tient en un E.P de 6 titres et quelques remixes, ainsi que quelques prods pour son ami et producteur Jesuisthéo (un concentré de violence salvatrice dont nous parlerons également)

Anton Oak fut l’un des pionniers de l’ambitieux projet XVIIIÈMEPÉNINSULE : Un label en forme de laboratoire musical, recherchant des artistes aux avant-postes de la création. De l’electronica au post-rock, en passant par le downtempo.

Anton Oak est un peu un mélange de tout ces styles et de bien d’autres, voila pourquoi je me garderais bien de le ranger dans une catégorie. Vous aurez en visionnant l’entretien que nous avons eu, une idée assez nette de l’ampleur du personnage : Une douceur désarmante au service d’un esprit et d’un sens artistique surdéveloppé.

Quand à moi, je ne saurais parler de cet E.P sans mentionner, une à une, les 6 chansons qui le composent. Chacune est un petit chef d’oeuvre, et une pierre angulaire de ma formation musicale. Je vous conseille chaudement d’écouter cet opus en entier avant de vous plonger dans cette chronique. Il est maintenant disponible sur itunes, Spotify, Google Play, Deezer, beatport, youtube et soundcloud.

 

Unshaped 

C’est comme si quelque chose sortait des ténèbres. Un cri du fond des âges, un son d’autre part. L’harmonie est inquiétante, je pense à ghost in the shell. On pourrait y voir une âme dans la machine. la machine elle même?  L’intro de cette chanson, en forme de ballade entre deux mondes, dure une belle minute, les éléments se retirent et reviennent tels une vague, et l’on passe d’un chant lointain à une ambiance presque liturgique. Soudain, une percussion de basse électronique nous plonge dans un rythme endiablé. Les éléments se surajoutent les uns aux autres, donnant une chanson harmoniquement et rythmiquement très riche, très imagée. N’oublions pas qu’Anton Oak est également compositeur à l’image. Il sait instaurer une narration au coeur de sa musique. On ne sait pas, sur unshaped, si l’on assiste à un spectacle venu des origines ou de la fin des temps, mais on entend le cri, la tension presque insoutenable. Cette envie incontrôlable de danser. Pour conjurer quoi? Unshaped peut se traduire par « informé » dans le sens de ce qui n’a pas encore de forme. C’est une belle manière d’ouvrir un E.P qui ne l’est pas moins.

 

Bruises

La deuxième chanson est également le titre de l’E.P. On peut donc en attendre beaucoup, d’autant que la première pièce a mis la barre très haute. On est moins dans l’électronique. des cordes ouvrent le morceaux, entourant un son qui pourrait être un glockenspiel mais qui n’en est pas un. La texture harmonique est résolument mineure. Et plus accessible aussi, la voix déroule une mélodie claire, presque POP, puis, la musique s’excite, et le corps aussi. On ressent comme une « aspiration » et,  à une musique de facture plutôt acoustique, peuplée de cordes et de voix, viennent s’ajouter des sons électriques violents, créant une tension surprenante,  sans perdre de la dramaturgie musicale, qui s’exprime aussi bien par la musique que par le texte, ainsi que nous allons le voir.

 

Satisfied

C’est la toute première chanson d’Anton Oak que j’ai entendu, c’est également la plus remixée, notamment par l’Age d’or et PMGN. Musicalement, c’est une tuerie pure et simple, une harmonie parfaite entre folk, hip-hop et electonica. je ne m’y attarderai pas, la musique parle d’elle même. Je voudrais m’intéresser aux paroles cette fois. Elles offrent une conception de l’artiste forte et profonde. Prenons cette phrase : « I held you high, I drank your pain, it left me dry. » Nous avons ici une vision presque christique de l’artiste. celui-ci plonge au coeur des émotions humaines pour en tirer le bon et le beau, parfois aux dépens de sa propre conscience. « It left me dry » Ainsi, nous pouvons exorciser nos angoisses et nos tristesses. « Does that make you satisfied? »

 

Interlude/Above us

Ces deux chansons forment un diptyque, et nous renseignent également sur la formation classique dont Anton Oak est nourri. L’interlude peut s’écouter comme l’introduction d’Above us. On y écoute une remarquable pièce baroque, en contrepoint, qu’un Bach n’aurait pas renié. Mais c’est à un Bach ultramoderne que nous avons à faire, et un déluge d’électricité saturé a remplacé le traditionnel clavecin. On pourrait se croire dans un roman de science fiction, une salle de bal ou des robots porterait des perruques du 18eme siècle.

Above us est une pièce plus dansante, dans la continuité harmonique de l’interlude. L’effet de surprise est moins saisissant que sur cette dernière. Mais la chanson reste une pièce electro d’excellente facture, dansante et complexe.

 

We are okay

L’opus, qui tout du long hésitait entre un feu ardent primitif, et un feu glacé ultrafuturiste, entre une musique savante et une transe chamanique, se termine sur une note étonnante. We are okay est très sombre, et très différente du reste de l’album, une chanson très downtempo, et même très down en général. Le texte évoque un deuil. Le narrateur se débat avec la disparition d’une personne chère à son coeur. C’est la chanson qui m’a, malgré sa charge émotionnelle intense, le moins touché. je n’y ai pas retrouvé la cohérence ni la fulgurante qui parcourt cet opus de part en part. le feu est éteint, et laisse place à un océan de tristesse. Ainsi, ce formidable travail, ce cercle de feu, primal et sophistiqué, se termine de manière pour le moins abrupte. Sur une note blanche et sèche.

 

L’entremonde

malgré We are okay, qui me semble la chanson la moins réussie de l’E.P, on peut affirmer sans trop de risques qu’Anton Oak fait  partie des grands de demain. Sa musique, à la croisée de l’electro, de la POP, de la folk et de la musique classique prend, par cette opération de fusion, un caractère personnel et original tel que j’en avais rarement eu l’occasion d’écouter. Le génie n’existe pas, il n’y a que le travail et l’honnêteté. Et Bruises est un exemple parfait de ce que peut accomplir un artiste exigeant envers lui-même, et honnête envers son art. Anton Oak manie une matière qui le dépasse, qui nous dépasse tous, la matière du sublime. il suffit de visionner la vidéo des cornemuses pour réaliser que sa musique est un chemin vers l’enfer et le paradis.

En brouillant toutes les pistes, en soufflant le chaud et le froid, en ignorant toutes les indications et tous les panneaux. Anton Oak trace une nouvelle route. Il est de ces artistes qui rend ses auditeurs plus exigeants, il est de ceux qui nous rendent fiers de l’écouter. J’ai eu la chance d’avoir un entretien avec lui, celui ci sortira sous peu. Je n’ai aucun doute quand à son destin, il tracera de nouvelles cartes, explorera de nouvelles terres. Précipitez vous à l’écoute de ce géant en devenir, vous en sortirez changés.