Haute Fréquence : Entretien avec Anton Oak

 

À l’occasion de la sortie de l’E.P d’Anton Oak, Bruises, nous avions publié une chronique, et avions eu l’occasion de le rencontrer en personne dans les locaux de la XVIIIemepéninsule. L’entretien que nous vous présentons s’est fait à barons rompus et dans la bonne humeur.

 

Nous avons parlé de choses et d’autres, de sound design, de processus créatif et de son producteur tyrannique. Quelques mois plus tard, l’actualité ne dément pas le formidable effort d’Anton Oak. Deux clips et plusieurs scènes plus tard, ainsi qu’une prochaine date au divan du monde en première partie de sensible soccers. Nous vous délivrons cet entretien avec l’artiste, pour vous donner l’occasion de vous replonger dans sa musique et son univers, à la croisée de la science fiction et d’une danse médiévale bretonne.

 

Anton Oak, tu es compositeur de musique électronique, de musique à l’image, Pourquoi avoir choisi ce pseudonyme ?

C’est tout simplement un anglicisme de mon vrai nom, Antoine Duchène.

 

Quels sont ton signe astrologique et ton groupe sanguin?

Mon signe astrologique c’est sagittaire et mon groupe sanguin… C’est A- je crois, mais je ne suis pas sur, ne me mettez pas du A- sans vérifier !

 

Tu as sorti sur XVIIIemepéninsule un E.P intitulé « Bruises », peux-tu nous parler de la phase de composition et sur l’enregistrement  de ce travail?

Bruises est le premier projet d’Anton Oak, il a été créé conjointement avec la XVIIemepéninsule, les deux vont de pair, les deux sont un projet de recherche musicale. Pour l’enregistrement, tous les instruments acoustiques ont été enregistré chez moi, notamment le violoncelle. Je voulais créer un projet artistique personnel, où je m’occupe de la production, de la composition et de l’enregistrement.

 

J’imagine que tu as été accompagné sur la production?

J’ai même été très accompagné. La XVIIIemepéninsule est indissociable de Théo (Jesuisthéo), son fondateur. tout ce que je fais passe par ses oreilles, et il a ce mérite de me remettre le nez dedans, de me faire bouger la forme, de me faire réfléchir sur la musique, encore et encore. Tout cela à grands coups de pressions !

 

Y a t’il un gros travail de réécoute et de modification sur chaque chanson avant que tu la considères comme achevée?

Il y a par exemple une chanson comme We are Okay, qui m’a été présenté en tant que texte, et qui ne subira plus beaucoup de changements lorsqu’elle sera finie. Et à l’opposé il y a la chanson  Bruises, qui part d’une prod que je présente à Théo, la trouvant parfaite telle qu’elle, et lui  me dit qu’on ne peut pas la laisser comme ça, qu’il faut retravailler, ajouter de la voix. Là commence un énorme travail pour trouver et placer les voix. La chanson a vraiment bougé, si je te faisais écouter les premières versions…

 

C’est pour ça que tu as choisi de nommer ton E.P « Bruises »?

Oui et non… On a plutôt choisi ce nom parce que le thème des bleus, des petits maux à l’âme, sentimentaux, ça représentait finalement assez bien l’unité du projet.

 

Tout au long de l’album, on écoute des ambiances diamétralement opposées, qui finissent par se fondre à l’intérieur même d’une même chanson. Où l’on peut entendre des paroles d’une charge émotionnelle terrible se mêler à une musique paisible, et inversement. Te reconnais-tu en tant qu’artiste, dans cette réunion des contraires?

Cela vient sans doute de mes influences musicales, qui sont elle même très variées, et parfois complètement opposées, je ne fais pas exprès de faire comme ça, c’était plutôt un problème au départ. Je vais trouver une musique très planante, sur laquelle je vais poser la plus lourde de la terre… (rires)  Après c’est aussi mon envie, et tout le but de ce projet est de mêler ces deux extrêmes, parfois dans une même musique, ce qui n’est pas évident. Mais j’ai du mal à composer autrement, ça revient souvent. L’idée étant de trouver un juste équilibre entre ces ambiances planantes et ces grosses basses nerveuses, le juste milieu.

 

On retrouve également cette opposition au sein même de la composition, avec des phases de rythmes très déstructurées, très violents et un décor harmonique très doux et mélodieux. Comment doses-tu, dans ton processus artistique, cette douceur et cette violence?

Dans le processus de création, ça commence toujours en écoutant une musique qui me rendra admiratif, je vais entendre une musique géniale, j’essaie de le reprendre, faire la même chose, et à l’arrivée, cela n’a évidement rien à voir. Je peux aussi partir d’un sample de tout et n’importe quoi, des violons mongoles, une voix. Et enfin je peux partir d’une batterie, d’un rythme simple auquel je vais ajouter d’infimes bruits, mélodies, qui peu à peu vont créer une véritable chanson. Ce n’est pas du tout le même travail, ni le même résultat à l’arrivée.

 

Quelles furent tes premières influences musicales?

J’ai grandi dans une famille ou on écoutait du Brassens et du Brel, c’est le départ. je faisais du violoncelle au conservatoire. Et puis la guitare, ou je reprenais du Brel. C’est vraiment la première influence. Et puis il y a eu les instrumentales Hip-Hop, j’avais douze ans, et avec les copains on écoutait ça en boucle, des instrus de plus de sept minutes, ou il ne se passait absolument rien… C’est la que j’ai découvert le bonheur du sample… Et puis pour la voix il y a eu Queen. D’ailleurs quand j’y pense, les harmonies de la chanson Bruises… Oui je crois que ça vient de la en fait, de Queen. Je viens de tilter. 

 

Tu as découvert Queen à quel âge?

Je ne sais pas… Dix ans? Mais c’est ce que ma mère écoutait, je ne considérait même pas ça comme du rock à l’époque, et puis finalement tu vois c’est resté… (rires)

 

Tu as une solide formation classique. On la ressent sur certaine compositions, notamment l’interlude…

Ah oui tu as raison, c’est totalement contrapuntique ce machin…

 

Cette formation est-elle importante pour la composition?

Clairement, je l’utilise tous les jours, même dans l’electro, ça facilite le travail. Mais au fond je fais aussi beaucoup les choses à l’oreille, je marche à l’instinct. La formation classique que j’ai eu, en revanche, a sans doute nourri cette instinct, disons que j’ai eu des choses dans les oreilles grâce à cela. Ça joue forcément.

 

Peux-tu nous parler du label XVIIIemepéninsule des artistes qui y gravitent, l’esprit du projet?

Théo est venu me voir en me disant qu’il en avait assez d’entendre de la soupe partout, qu’il voulait monter son label. Que ce serait electro, chill, un peu plus intelligent, pas trop club. On ne mettrait jamais de la musique en avant si c’est pour perdre de la qualité. Il laisse les artistes assez libres, c’est vraiment un truc assez créateur. Le début part de la, faire une musique un peu différente, essayer d’expérimenter une nouvelle voie. Après on est pas des génies évidement, tout cela c’est du travail. On mélange nos influences pour essayer de faire quelque chose d’un peu nouveau… D’ailleurs, quand tu écoutes les artistes de la XVIIIemepéninsule, (L’Age d’Or, PMGN, Jesuisthéo) tu te rends compte qu’on a vraiment des influences très diverses…

 

Penses-tu que l’artiste ait une possibilité d’amener aux auditeurs des émotions qu’eux même n’aurait pas découvert, sans l’art? C’est-à-dire d’une dimension presque divine de celui ci, ou de son oeuvre?

Mmmh… On aimerait bien se dire ça en tant qu’artiste, c’est sur mais… Ça ne joue pas vraiment dans mon processus. Il y a évidement quelque-chose de divin. Tu crées quelque chose à partir de rien. C’est encore plus vrai pour les plasticiens, mais… (il prend quelques instants pour réfléchir) Tu peux tout faire, tu peux tout créer, si tu veux faire exploser la terre, tu fais exploser la terre, si tu veux tuer Dieu, tu tue Dieu, c’est le principe de l’artiste, la dedans il y a quelque chose de divin. Après, pour en revenir à la musique, je pense qu’il faut vraiment parler aux gens. C’est le but en fin de compte, toucher les gens, se faire comprendre.  Mais une dimension vraiment supérieure la dedans, je ne pense pas non.

 

As-tu des influences dans la musique actuelle?

Tout le coté bruitiste vient d’Amon Tobin, et de mon expérience de sound design. La texture sonore étant quelque chose de merveilleux à intégrer à la musique. Amon Tobin est vraiment le plus grand la dessus. Le coté calme, linéaire, sur Satisfied notamment , je pense que ça vient de Bon Iver, qui est vraiment un génie du temps suspendu.  Après il y a beaucoup de choses, je suis venu à l’electro avec le Hip-Hop. Il y a Queen, pour les voix, j’aime la chanson le classique… J’aime écrire de la musique quoi, c’est vraiment très large.

 

Aurais tu un musicien à nous conseiller, pour finir?

Amon Tobin. Il faut écouter Amon Tobin. Je pense que c’est l’être humain qui a fait le plus avancer la musique populaire en y amenant du vrai bruit musical. Mais du coté POP, pas du coté musique savante. Ce qu’il fait, on le faisait déjà il y a cent ans, dans des studios,  à découper des bandes, à mélanger des sons, mais lui l’amène au grand public, et ça c’est bien.

 

Un film ou une série?

Il y a la série Utopia, pour la musique qui est vraiment trop bien.

 

Un livre?

La nuit des temps de Barjavel. C’est un des livres qui m’a le plus marqué. J’ai même pleuré à la fin.

 

Ce n’est pas très surprenant, quand on envisage ta musique comme un condensé de technologie poussé à l’extrême et un coté très primitif, c’est exactement comme dans ce livre en fait.

Non mais tu me jettes des fleurs la, mais ouais t’as raison, il y a quelque chose.  (rires)

 

As tu des projets dans les prochains mois?

On a du clip qui va sortir, moi je me suis déjà remis à composer, pour se lancer sur la suite, les concerts sont en train d’être programmés, et puis de la musique, toujours plus de musique.

 

Propos recueillis par Paul Besson.

 

 

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