Haute Fréquence : Fleetwood Mac, Tango in the night

 

Pour l’Amour

Tango in the night, le quatorzième album de Fleetwood Mac, est sorti en 1987. C’est le dernier album sur lequel a travaillé Lindsey Buckingham, prolifique auteur compositeur guitariste, qui avait rejoint la formation en 1975 en compagnie de la chanteuse Stevie Nicks, formant ainsi le « Fleetwood Mac américain », et contribuant à leur reconnaissance planétaire.

On a souvent qualifié avec une certaine condescendance le son des Fleetwood Mac de « rock FM », « d’easy listening ». il est vrai que leurs chansons, diablement efficaces, ne nécessitent pas une concentration bien soutenues pour s’apprécier. Les harmonies sont claires comme de l’eau de roche, sans mystères, sans défauts. La musique de Fleetwood Mac s’offre sans réticence à l’auditeur. Elle est cependant très recherchée, sa simplicité n’est pas de la paresse créatrice ou un énième ensorcellement des masses, dont la musique de la musique est friande.

C’est une musique amoureuse et honnête, elle calme le coeur et adoucit l’âme. Le premier track, Big love, l’illustre avec une remarquable simplicité. Dans une musique entrainante, servie par le picking virtuose de Lindsey Buckingham.  » Looking out for love, Big Big Love  »

Si Fleetwood Mac a connu un tel succès planétaire (plus de 100 millions d’albums vendus) ce n’est pas parce qu’ils étaient une machine à tube, c’est parce que leurs chansons sont des invitations. Des invitations à entrer dans leurs rondes endiablées (Big love), à célébrer les joies de l’amour charnel (You and I, part I and II). Elles sont des célébrations de l’amour, qui présentent toujours une certaine nostalgie, un certain spleen. La notion de perte est présente en filigrane, elle se manifeste subtilement sur des textes comme celui de « seven wonders ».

« So long ago / Certain place / Certain time / You touched my hand. »

C’est le premier amour qui revient nous hanter, avec son mélange de peine et de bonheur. C’est ça. Je m’en rends compte à mesure que j’écris, la musique de Tango in the night a la nostalgie des amours de jeunesse, de ceux qu’on a perdus. On peut imaginer une jeune femme au sortir de l’adolescence, offerte, inquiète, découvrant l’amour, ce danger mêlé d’espérance : « C’mon baby / We better make a start / You venter make it soon / Before you break my heart »

Quand les contraires s’attirent

Si la mélodie et l’harmonie sont limpides, les arrangements sont bien plus subtils qu’une première écoute ne le laisse suggérer. Prenons par exemple « Caroline », une des meilleures chansons de l’album. L’ouverture est une batterie lourde accompagnée de percussions aux résonances africaines et d’une voix lointaine, incantatoire, passant presque inaperçue, suit un riff rock utra efficace joué à la guitare acoustique. C’est une technique que Buckingham emploie régulièrement, elle y fait des merveilles.

« Tango in the night », chanson éponyme, joue à fond sur les cordes, et l’opposition acoustique/electrique. On passe d’un duo guitare/harpe à une guitare ultra saturée/batterie. Petit conseil aux amateurs de guitare, ne passez pas à coté de cet album, il y a la de véritables morceaux de bravoure, et Lindsey Buckingham y déploie un éventail de techniques digne des plus grands guitar-heros.

L’atmosphère sonore de l’opus est très singulière, et on aura du mal à l’apprécier pleinement sans une sono de qualité. Ici, le son est particulièrement spatial : la reverbe espace les instruments entre eux  et une dichotomie s’opère entre les sons plutôt froids et nocturnes des instruments électriques et la chaleur des guitares. on a ainsi l’impression d’être entouré par la musique et d’évoluer à l’intérieur même du son. L’harmonie, la mélodie, et même les paroles participent à cette dichotomie par leur atmosphère chaleureuse, en contradiction avec le son en lui même.

This is the end

La dernière piste, « You and I, part I and II », est un parfait concentré de l’esprit de l’album, un amour inquiet mené tambour battant.  » I wake up with my eyes shut tight/ hoping tomorrow will never comme/ for you, you, you, you, you and I ». Se réveiller près de l’être aimé et garder les yeux fermés, retenir l’instant le plus possible, tout en sachant qu’il passera, qu’il est déjà passé.

Au lendemain de cet album, Lindsey Buckingham quitta Fleetwood Mac. stevie kicks le suivra quelques années plus tard, c’était le début de la fin.