Haute Fréquence : Interpol, Antics.

 » ‘Cause that’s just how it should be done. »

Genesis

En 1998, le guitariste Daniel Kessler et le batteur Greg Drudy forment Interpol, un groupe de rock au son froid et désespéré. Se joint à l’aventure Paul Banks, guitariste honnête, lyriciste inspiré, et chanteur puissant, immédiatement reconnaissable par sa voix de Baryton. Banks apportera, par ses multiples talents, son air angélique et ses paroles sombres et froide un indéniable charisme à ce groupe de post punk.

INTERLUDE : Calme toi, reste assis, je t’explique :  Le post punk revendique un esprit punk, c’est à dire une attitude plutôt sombre et anarchiste, une certaine indépendance vis à vis des média de masse, tout en cherchant à produire une musique plus complexe et plus savante que le punk rock originel. On trouvera des exemples avec Joy Division,  Public Image Ltd, ou encore The Cure, à la fin des années 70. On verra apparaitre, au début des années 2000, une deuxième vague de post punk, popularisée par Interpol, Editors, ou encore She wants revenge. Le post punk développe volontiers une atmosphère Arty . peuplé d’image rémanentes de Poe ou Baudelaire. C’est très sophistiqué et franchement attirant. voila, tu sais tout.

Le premier effort d’Interpol, Turn on the bright light (2002), fut un grand succès critique, ainsi que Publique, sur le long terme. L’album accumulera plus de 300 000 ventes en trois ans.

Metamorphosis

Antics est le deuxième album d’Interpol. Il est sorti il y a dix ans et comme tout les grands albums, n’a pas pris une ride. La production, les arrangements et les lyrics sont extrêmement soignés. C’est un trait commun à tous leurs albums. Une attention au détail permanente qui leur offre une estime critique et publique qui ne s’est jamais démentie, ainsi qu’une autoroute vers le panthéon des grandes oeuvres du rock. Chaque note est à sa place, chaque decibel est sous-pesé, et chaque ligne écrite a sa raison d’être.

Si Turn on the bright lights était emprunt tout du long d’une tristesse noire et d’une froideur urbaine presque désespérée, Antics s’ouvre sur un orgue paisible, une musique réconciliée, Où se plaque de longs accords saturés, qui sous-tendent la voix de stentor nonchalante de Paul Banks. La mélancolie est toujours la (on est quand même à New York) mais atténuée par une douceur et une grâce jusque la inédite.

Evil, la deuxième piste, débute par une ligne de bass bien rock, accompagnée de la seule voix de Banks. Puis arrive la batterie, entrainante en diable, et enfin la guitare. Furieuse, saturée, glaciale. On revient à la violence des débuts et à cette passion détachée qui caractérise Interpol.

Spiritus

Interpol est un groupe à guitares , dans le meilleur sens du terme. Tous au long de l’opus, elles se cherchent, s’entrechoquent et fusionnent dans un ballet d’où emerge une inquiétante sensualité. on entend de longs accords lascifs sur lesquels s’abattent des croches endiablées, on entend l’électricité parcourir les jacks et illuminer les buildings. On est dans la nuit des métropoles, faite de tristesse, d’excitation et de fièvre.  Interpol n’a rien fait de moins qu’offrir au rock une nouvelle jeunesse, en lui présentant sous au autre éclairage ce qu’il a de plus beau : La nuit et sa fureur mélancolique.

Paul Banks, en tant que lyriciste, amène un apport inestimable au groupe. Ses paroles sont fiévreuses et amorales, elle représentent un esprit qui trouve sa vivacité dans la contemplation nocturne, le danger et la mort. On pense à la muse malade de Baudelaire (poète fréquemment cité par lui)

« You’re weightless, semi-erotic, you need someone to take you there… »

On aurait d’ailleurs bien de la peine à trouver un sens littéral aux chansons de l’album. Les  mots sont énigmatique, évanescents, le sens parait s’offrir, puis s’échappe au couplet suivant. c’est bien trouvé du coup, on réécoute les chansons tout le temps. Cependant pour écrire une chronique, c’est un peu pénible. Il me faudrait 20 pages pour décortiquer toutes les subtilités d’écritures. Disons ceci : L’esprit est sombre mais passionné, violent et amoureux.

« I’m subtle like à Lion’s cage. »

Nihilus

Interpol, à chaque album, délie un concentré d’esprit rock, une sauvagerie nihiliste, sophistiquée et tendre. Les guitares nous coupent, les voix nous brulent, on en redemande. Je n’avais jamais vraiment regardé la ville avant d’avoir écouté ce groupe. Je peux maintenant m’extasier devant des building , je peux entendre le rimmel couler sur la joues de jeunes filles riches et je peux en jouir. Je me fous de tout à présent, je sais que rien n’a de sens. Interpol me l’a rappelé. C’est froid et chaud, c’est triste et joyeux, c’est apollinien et dionysiaque à la fois.

No future, murmurent-ils.