Haute Fréquence : Jabberwocky arrive.

Premières armes, premiers hommages.

Il a suffit d’une chanson à Jabberwocky pour s’imposer comme un des fers de lance de l’essor electro à la française. Photomaton a tourné dans tous les clubs, tous les portables et tous les Ipods en 2013. Je me rappelle de cet été passé au Mas Amiel, à écouter cette nouvelle sensation electro au bord d’une piscine, entouré de vignes à perte de vue. Un soleil haut dans le ciel et des filles qui trempaient les pieds dans l’eau en riant. Photomaton a la couleur claire de l’été et la saveur de la jeunesse. Toute la France et une partie de l’Europe s’est laissé emporter par son refrain mélancolique et entrainant. Puis, il y a de cela 6 mois, une nouvelle chanson est arrivée : Pola, ou plus encore que sur photomaton, le mélange des genres et l’exploration musicale est mise à l’honneur. Pola n’a pas remporté l’effarant succès de Photomaton, et plafonne sur Youtube à 450 000 vues (ce qui est plus qu’honorable, par ailleurs.) on peut néanmoins saluer une volonté affichée de faire une musique dansante et intelligente à la fois, à la croisée des chemins entre electro, Pop Art, et Rock.

Il est très impressionnant que Jabberwocky, sur la base de deux excellentes chansons et quelques remixes, ait réussi à tenir en haleine tout un public pendant plus d’un an et demi. Ils faut dire aussi que de grands noms ont repris leur oeuvre, notamment Fakear, ou encore N’to, dont nous parlerons tous deux bientôt. commençons par le remix de Fakear, qui, croyez moi sur parole, est un des grands noms de demain. Pour qui connait déjà ce puissant compositeur, il n’en fallait pas plus que l’inscription :  » Jabberwocky – Pola (FAKEAR Remix) » pour perdre son calme. Jabberwocky étant la nouvelle sensation que tout le monde s’arrache, FAKEAR, un futur roi couronné de l’electro. Le résultat est étonnant, et pour tout dire assez DINGUE. on y retrouve le mieux de Jabberwocky et le mieux de FAKEAR. Pour l’un, cet afterbeat si précis, pour l’autre, ces samples de voix, utilisés comme des percussions, à coté de cette guitare acoustique utilisée comme un Koto japonais. le résultat est sublime, très percussif et poignant à la fois.

Parlons maintenant du remix de N’to. N’to est un artiste que j’apprécie tout particulièrement; il me fait penser à Brassens, modeste et talentueux. Si je devais d »écrire son style, je parlerais d’un mélange heureux entre house et percussions africaines. la voix est à peine modifiée. les vagues de sons, familière à la deep-house, se marient très bien à la syncope percussive.

Jabberwockky y sont également allés de leur propres remixes, avec notamment celui du groupe Colours in the street et de leur titre Paper Child, en y ajoutant un parfum d’electro chic, ces pianos à la Supertramp qu’ils affectionnent tant, une saveur inédite. Un travail remarquable.

Un parcours hors-normes

Jabberwocky est un projet constitué de trois étudiants en médecine de Poitiers. Ils ont formé ce projet en parallèle de leurs études. Il y a un peu plus de deux ans, Simon écrivait les paroles de Photmaton, ses comparses Manu et Camille y ont ajouté la mélodie et le rythme. Des arrangements léchés, un rythme qui vous chatouille les reins et vous fait bouger la tête. Ils ont déniché la délicieuse Elodie Wildstars, à la voix nonchalante et sexy, qui contrebalance à merveille le beat entêtant et dansant de la chanson.

Ce qui frappe dans le parcours de Jabberwocky, c’est son apparente facilité. Photomaton enregistrée, elle est mise en ligne sur Youtube. Puis envoyée à des blogs electro. Une programmatrice de Radio Nova (toujours en quête de nouveaux talents) les repère sur l’un d’entre eux, et aime cette electro dansante aux paroles sombres comme de l’eye-liner coulant sur une joue. Elle les contacte dans la foulée et leur propose de passer sur Nova. Ils ont dit oui, un peu abasourdis par la vitesse des événements.

La légende veut qu’ils entendirent leur chanson en radio pour la première fois en allant prendre leur service à l’hôpital où ils travaillent et font leur études. Le sang a fusé du coeur au cerveau, du cerveau au pantalon, puis jusqu’au coeur à nouveau. Ils étaient lancés.

J’en viens au caractère hors-normes de ce parcours. Figurez vous que les membres de Jabberwocky continuent leurs études de médecine. Tout en maniant un début de carrière des plus prometteurs. Leur ambition initiale, sauver des vies, n’a pas été chamboulée par les feux de la rampe qu’ils ont entrevus. Ils gardent les pieds sur terre. ils soigneront donc les corps et les esprits grâce à leurs nombreux talents.

 

Pola

Alors que j’écris ces lignes, leur E.P, « Pola », est sorti depuis quelques jours. Il regroupe les chansons Photomaton et Pola. deux inédits ainsi que quelques uns des nombreux remixes grâce auxquels de grands noms de l’electro actuelle leur ont rendu hommage. Ils ont également commencé à se produire de plus en plus sur scène, ayant mis un point d’honneur à être vraiment prêts, musicalement et scéniquement, avant de se frotter au public. Il y a fort à parier qu’à l’instar de tout ce qu’ils ont accompli auparavant que les prochains concerts les révéleront au grand public ainsi qu’ils le méritent.

La musique de Jabberwocky est un somptueux mélange de plusieurs dizaines d’influences, celle que je citerai serait Supertramp, pour ce mélange de swing et de spleen si assumé. Mais allez les écouter et faites vous votre idée, c’est toujours mieux.