Haute Fréquence : Parov Stelar et l’ombre de Brassens

Un héritage improbable…

Parov Stelar et Georges Brassens ont des similarités artistiques étonnantes. Alors que j’écoutais The invisible Girl, le dernier album du génial producteur autrichien, me venait des comparaisons improbables avec la musique de l’emblématique chanteur français. Non des moindre était leur capacité partagée de produire des chansons immédiatement reconnaissables, toutes très similaires à la surface mais différentes en profondeur. Haute Fréquence va pencher sa loupe sur The Invisible Girl, le dernier album du producteur autrichien.

Producteur, DJ, maitre du métissage artistique, fondateur d’un label au nom sexy, Etage Noir Recording, Parov Stelar n’avait à priori aucune raison d’être comparé à Georges Brassens. Et pourtant.

Nous pouvons observer, chez ces deux artistes, un étrange culte du secret. Brassens vivait retiré à Sète, donnait très peu d’interview malgré son statut de star (oui oui, Brassens, niveau popularité, c’était l’équivalent de Maitre Gim’s aujourd’hui) Parov Stelar a commencé sa carrière dans les années 90 dans le monde de la nuit, puis a fondé en 2003 Etage Noir Recording. Il poursuit depuis une carrière qualitative et quantitative, le nombre de ses admirateurs augmente régulièrement grâce au bouche à oreilles, et on estime l’ensemble de ses vues youtube à une centaine de millions. il donne  des concerts de par le monde, et son mélange de Scratch, Sampling et Big Bang de Jazz laisse les spectateurs dans un état de torpeur et d’excitation rare. Il donne très peu d’interviews, se contente de produire sa musique de manière régulière, pour ensuite la faire partager sur scène.

… Mais néanmoins réel.

On entend souvent les personnes n’aimant pas Brassens lui faire le reproche que toutes ses chansons se ressemblent. il ne fait nul doute que les détracteurs de Parov Stelar lui portent le même grief.  en effet, on reconnait instantanément ce mélange d’electro et de swing qui parcourt toute son oeuvre, tout comme on reconnait la pompe emblématique de Brassens et les riffs crunchy de Jimi Hendrix. Cette obsession est la marque des grands musiciens.

Une autre similitude est cette attirance pour le Jazz : l’harmonie des chansons de l’un comme de l’autre sont imprégné de cette musique. De manière beaucoup plus affichée chez Parov, mais l’un comme l’autre partagent cette passion, et leur musique est un hommage à ce style qui domina le 20eme siècle.

De longs solos de saxophones, une batterie diablement swing se mélangent aux samples de piano, à la boite à rythme. Ailleurs, une guitare bluesy partagera l’espace sonore avec le dialogue d’un vieux film, pour nous plonger dans un déluge de cuivres, de scratch, de vagues sonores pour une ambiance L.A Noire de toute beauté (At the Flamingo bar)

Si toutes les chansons partagent cet étonnant style hybride, à mi-chemin du Jazz, du Lounge et du Hip-Hop, il suffit de quelques écoutes pour sentir que les petites différences, mises ensemble, forment des chansons très distinctes. Tout comme Brassens, il faut plusieurs écoutes pour se rendre compte de toute la richesse des arrangements.

Vienna Noir

J’aime écouter cet album au casque en sirotant un alcool brun dans un bar à des heures indues, dans la nuit qui va si bien à cette musique. Je m’imagine faire partie de ces truands bien habillés, magnifiés par le cinéma hollywoodien des années 50, je peux presque voir une femme en robe du soir me demander du feu de sa voix grave de fumeuse de cigarette.

Parov stelar n’est pas envahissant. On peut aussi bien se plonger dedans avec concentration, que le laisser en fond sonore pendant d’autres activités; Alors toi aussi, essaye chez toi ! Surprends toi à bouger inconsciemment ton corps en faisant ton ménage, à bouger la tête de haut en bas pendant que tu fais tes devoirs ou que tu travailles sur le prochain Powerpoint auprès des forces vives de l’entreprise. Sors faire une ballade et vois combien de temps tu tiens avant de te mettre à danser en pleine rue comme un enfant ou un fou.

J’aime profondément Parov Stelar. Sa musique, bien plus physique qu’intellectuelle, déborde d’une joie enfantine et sombre à la fois. On sent bien que le passé l’attire tout comme il attire les enfants. Il joue avec les codes du passé comme un gamin joue au gangster. Il joue à mettre dans nos oreilles un savant mélange de swing et d’electro, deux musiques éminemment dansantes.  Polisson, plutôt voleur que policier, plutôt indien que cowboy, cette incarnation d’une classe à l’ancienne, réconciliée avec les codes d’aujourd’hui, n’a pas fini de nous faire rêver.